Chauvinisme : en fait-on trop ?

Chauvinisme : en fait-on trop ?
Il aura suffi qu’une lamentable cuillère arrête Vincent Clerc dans sa chevauchée fantastique vers la lumière d’un essai salvateur. Tournant raté de l’Histoire, au terme d’une 69 ème minute qui allait sonner le réveil de la spartiate armada tricolore.
Il aura fallu un Jonny Wilkinson revenu de blessure la rose entre les dents, pour enfoncer le clou de la victoire, sacrifiant sur la croix de Saint-George la horde gasconne, menée par la silhouette christique d’un Sébastien Chabal en pleurs.
 
C’est ainsi,
Le rugby a toujours su éveiller les réflexes épiques, les emprunts historiques aux antagonismes séculaires, les mythes d’une culture qui – dit-on – est la meilleure alliée de l’ovalie. Culture et exagération. La mousse s’élève, la mayonnaise déborde, les lumières nous éblouissent, nous galvanisent… et pourtant.
 
La France a bien perdu !
Dit comme ça, c’est sûr, c’est moins vendeur. Mais au-delà du miracle de la victoire contre les All Blacks, ce n’est que le constat de rigueur. Que gardera-t-on de cette Coupe du Monde ? Entre le fiasco de l’ouverture, le rêve de Cardiff et la piteuse défaite face à l’ennemi de toujours, on ne sait trop que penser. Alors on se dit que l’événement n’est pas l’extraordinaire séjour que nous avait vendu l’agence de voyages. TF1 nous avait promis un rêve en classe affaires, on rentre chez nous serrés dans un charter. Beaucoup de bruit pour rien…
 
“Ce soir, vous avez découpé du rosbif“
Thierry Gilardi avait préparé sa réplique. Dans son agenda, le samedi 13 octobre était cerclé de rouge. Pour lui, ce serait le jour de tous les superlatifs, de toutes les exagérations, de tous les cocoricos. Coutumier du fait, Thierry. Les adversaires sont forcément laborieux et sans génie. Le XV de France est toujours l’héritier d’un french flair digne des plus grands de l’ovale. L’arbitre ? Toujours en faveur de l’ennemi. L’en-avant contre les blacks ? C’est le jeu et on ne va pas s’en plaindre… Vous avez dit chauvin ?
 
Le complexe du football
Pour mieux comprendre, il faut se souvenir de 1998. Zidane projeté sur l’arc de triomphe devant des millions de français, communiant dans la chaleur du 12 juillet. Une fête nationale avant l’heure, avec des nouveaux héros black-blanc-beur. Un mythe fondateur, repris à toutes les sauces. Or la culture de l’ovale est une culture de l’oral, de troisième mi-temps, de légendes racontées en levant le coude. On en fait toujours un peu plus, un peu trop, et c’est tout le charme de ce sport. Cette année, l’élève devait donc dépasser le maître… et l’on a dérapé.
 
Pourtant l’histoire était belle
Un entraîneur ministre mène 30 gars au front. La première bataille est perdue, mais l’espoir demeure. Menés par un Jésus aux hormones, les petits font trébucher Goliath et mettent un pied sur les champs Elysées. Une histoire à l’eau de rose. C’était oublier les épines… La gueule de bois est sévère.
 
Et a bien servi TF1
La seule victoire est celle de Charles Villeneuve. Le patron du service des sports peut être fier de ses camelots. En forçant le trait, ils ont réussi à attirer la foule. La Coupe du Monde de rugby atteint les audiences du foot. Un record d’audimat. Près de 20 millions de téléspectateurs devant leur poste pour assister au naufrage. De quoi souffler sur la braise pendant quatre ans, et rallumer le feu dès que l’occasion se présente. Faisons confiance à Gilardi et ses compères… La flamme reprendra de plus belle. D’ici là, on peut continuer à se chauffer la voix en poussant quelques petits “cocoricos“. Parce qu’au moins pour ça, on est vraiment les meilleurs !

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